Je découvre Raymond Depardon sur le tard. La célèbre série « Manhattan Out » avait déjà été enregistrée quelque part dans mon cerveau mais je
n’étais jamais allée plus loin. Dans les années 80, le photographe français
avait réalisé une série de clichés en noir et blanc, pris sans cadrage, presque
au hasard, au détour des rues de Manhattan. Ça donne un ensemble d’instantanées
prises à la volée, comme arrachées à un quotidien banal mais sublimées par une
quasi-science du moment qu’il maîtrise –ou possède naturellement. Les visages,
les postures en mouvement, le courant d’air dans une chevelure, le regard
pensif, le bras qui se transforme en ligne de composition… D’infimes détails
qui rendent ces photographies « que tout le monde auraient pu prendre »
incroyablement riches en émotion.
